Mettre en scène la catastrophe : méthode pratique pour étudier la crise par le prisme de l’exercice de gestion de crise

〉Fanny Di Tursi

〉Docteure en géographie, post-doctorante en sciences des données

〉Université de Grenoble

〉Laboratoire d’Informatique de Grenoble (LIG)

Résumé

Observer la catastrophe, la crise ou une situation d’urgence pour les chercheurs en sciences sociales reste encore un défi méthodologique et éthique à relever. Dans cet article, nous proposons de détourner l’exercice de gestion de crise à des fins de méthode expérimentale. En dressant le portrait de l’exercice de gestion de crise en miroir du jeu de rôle, l’article vise à démontrer en quoi il peut être considéré en tant qu’œuvre de fiction, par ses caractéristiques fondées sur les codes issus du jeu de rôle (acteurs, lieux d’action, scénario), d’une part. D’autre part, il démontre également que l’exercice peut constituer une méthode de recherche crédible pour obtenir des données sur ce terrain particulier. Au croisement de ces deux éléments, on propose de discuter la notion de proximité à travers la dimension fictive des exercices de gestion de crise. On retient que ce cadre fictif offre au chercheur un espace d’observation privilégié sur l’espace de la crise et sur les interactions entre les acteurs de la gestion de crise.

Mots-clés : exercice ; gestion de crise ; jeu de rôle ; fiction ; proximité

Abstract

Staging the disaster: a practical method to study emergencies by crisis management drills

For scholars in social sciences, observing a disaster, a crisis or an emergency remains methodological and ethical challenges. In this paper, we propose diverting crisis management drills as an experimental research method. By accurately portraying crisis management drills as a role-playing game mirror, this article aims to demonstrate the extent to which this can be considered work fiction, given that it is based on role-playing game characteristics (actors, locations, scenario). Secondly, the paper demonstrates that drills are a reliable method to obtain data in this specific research field. At the intersection of these two components, we discuss the notion of proximity in relation to the fictional dimension of crisis management drills. This highlights that the fictional framework offers scholars a privileged vantage point from which to observe the crisis space and the interactions of crisis management stakeholders.

Keywords : drill ; crisis management ; role-playing game ; fiction ; proximity

Si, dans les travaux sur la gestion de crise, beaucoup se concentrent sur la phase avant ou après la crise (Coombs et Laufer, 2018 ; Lettieri, Masella et Radaelli, 2009, p. 124), l’objectif de mon travail est d’observer ce qu’il se produit dans « l’œil du cyclone », et comprendre comme se construit la réponse à l’urgence par les acteurs pendant la catastrophe. Ainsi, il m’est tout à fait indispensable d’observer, depuis ma position de chercheuse, comment les acteurs de la gestion de crise se déplacent, se partagent des informations, se répartissent les tâches, dans l’espace singulier et éphémère de la catastrophe.

Or, étudier la catastrophe ou la crise durant la phase de réponse nécessite pour le chercheur de travailler à sa proximité physique et donc spatiale. Voilà un défi majeur à relever pour de multiples raisons : pratiques, méthodologiques ou éthiques. Ainsi, on se joint à cette interrogation formulée par Sandrine Revet (2008, p. 3) : « comment faire […] l’ethnographie [d’une catastrophe] sans la possibilité de pratiquer la méthode classique de l’enquête qu’est l’observation dite participante ? ».

Une piste méthodologique expérimentale peut être utilisée pour contourner ces difficultés à travers les exercices de gestion de crise. On émet le postulat que l’exercice, c’est-à-dire une simulation fictive d’un événement exceptionnel, au sens de Bensa et Fassin (2002), peut être vu aussi comme la mise en scène d’une catastrophe. En effet, l’on vise à démontrer que celui-ci est fondé en partie sur les codes issus du jeu de rôle. Dès lors, cette dimension fictive permet de façon inédite de se trouver à proximité d’une situation de crise pendant la phase d’urgence. Ainsi, détourné comme méthode de recherche expérimentale, l’exercice est une piste crédible pour étudier la crise en son étroite proximité physique et spatiale.

Dès lors, on pose la problématique suivante : en quoi les exercices de gestion de crise, en tant que cadre de fiction, permettent-ils l’observation de la crise à sa proximité ? D’abord, l’article vise à démontrer la dimension fictive de l’exercice en décortiquant son cadre et son mode de production. S’il n’est plus à démontrer que le jeu de rôle fait partie des œuvres de fiction (Caïra, 2007 ; Callois, 1991 ; Dauphragne, 2011 ; David, 2016 ; Huizinga, 1951 ; Kapp, 2015a), cela n’est pas le cas des exercices de gestion de crise. Ensuite, en dégageant les caractéristiques fictives et celles qui relèvent de la réalité, on fait la démonstration que l’exercice peut être un terrain de recherche crédible, bien qu’expérimental. Enfin, on discute les dimensions de la notion de proximité à la crise qu’offre ce cadre fictif, permettant au chercheur d’observer au plus près l’espace de la crise reproduit.

1          Derrière l’exercice de gestion de crise, une fiction

L’exercice de gestion de crise peut s’apparenter au « jeu de rôle formatif » (Daniau et Bélanger, 2010, p. 204), puisqu’il respecte les deux étapes essentielles dans le jeu de rôle : son aspect ludique et une phase de retour d’expérience. D’abord, pour reconnaître l’exercice de gestion de crise comme une œuvre de fiction, il est nécessaire d’en démontrer ses caractéristiques : les acteurs, les lieux de l’action et le scénario.

1.1          Les acteurs : organisateurs, joueurs et animateurs

Pour mettre au point un exercice, plusieurs fonctions et rôles sont prévus pour la simulation. Un parallèle peut être établi avec la mise en scène d’une pièce de théâtre où un certain nombre de personnes œuvrent pour construire et maintenir le cadre en place (le scénario, le décor, les costumes, l’équipe de réalisation, etc.) quand d’autres font vivre la mise en scène elle-même : les acteurs.

Une terminologie est bien définie concernant chaque fonction qu’endosse toute personne impliquée dans un jeu de rôle. Pour les exercices de gestion de crise, un vocabulaire spécifique, repris de la littérature grise, est largement intégré par les gestionnaires de crise. Les fonctions sont similaires entre ces deux mises en scènes mais leur terminologie diffère. Aussi, les fonctions des personnes endossant les rôles de « joueur », « animateur », « organisateur » sont semblables à celles du jeu de rôle. Le Tableau 1 permet de faire le parallèle entre le vocabulaire du jeu de rôle et celui employé dans le domaine de la sécurité civile.

Tableau 1: Vocabulaire équivalent entre celui du jeu de rôle et celui employé dans les exercices (Di Tursi, 2026)

Vocabulaire propre au jeu de rôleVocabulaire utilisé dans les exercices de sécurité civile
Maître du jeu (MJ)Organisateur
Personnage joueur (PJ)Joueur
Personnage non joueur (PNJ)Animateur
NéantObservateur

Voyons dans le détail comment fonctionnent ces types de rôles en pratique durant le jeu ou l’exercice.

  1. Les organisateurs[1]

L’organisateur d’un exercice de gestion de crise tient des responsabilités et des fonctions relativement distinctes du jeu de rôle. Dans un format de jeu « sur table », l’organisateur tient une position équivalente au Maître du jeu, concentrant ses compétences sur le scénario et l’histoire à conter aux joueurs. Tandis qu’au format « grandeur nature », celui-ci aura un rôle plus proche de l’exercice, menant à bien l’organisation logistique (Tychsen et al., 2006, p. 218).

Dans le cadre d’un exercice, l’organisateur répond à deux missions principales : l’organisation logistique et la gestion de l’événement globale ; et la rédaction des règles du jeu (Kapp, 2015b). On retrouve à l’identique ces mêmes fonctions dans l’exercice de gestion de crise, quelque-soit le mode de jeu.

En effet, l’organisation d’un exercice nécessite un certain nombre de personnes afin d’assurer la mise en place du scénario, la logistique relative à son installation dans l’espace (une ou plusieurs localisations précises) et le temps (une date et heure de lancement), ainsi que pour faire respecter le déroulement de la simulation.

L’organisateur est l’initiateur de la mise en place de l’exercice, en amont de la chaîne organisationnelle de l’exercice. Il est responsable de l’ensemble de l’exercice et est référent pour tous les autres interlocuteurs. Il a plusieurs missions : contacter les services et les réunir afin de discuter des thématiques des futurs exercices à jouer ; animer les réunions pour l’écriture du scénario ; assurer sa mise en place en cellule de crise ou sur un lieu dédié ; il est également responsable de sa bonne tenue dans le cadre convenu, le jour J. Il peut ainsi être présent en périphérie de l’exercice, dans un espace consacré, comme une tente, par exemple. Il autorise et encadre la participation d’observateurs extérieurs lors d’un exercice, placés sous sa responsabilité. La majorité de son travail aura été réalisé durant la phase de préparation ; le jour de l’exercice, il passe ensuite le relai aux animateurs.

Les joueurs constituent la figure centrale dans un exercice, au même titre que dans un jeu de rôle. Les exercices sont créés et bâtis à destination des joueurs. Dans le vocabulaire du jeu de rôle, les joueurs sont les personnages principaux de la simulation, nommés aussi « Personnages Joueurs » (PJ). Ici, le terme de « joueur » est mobilisé pour désigner une personne endossant un rôle que l’organisation lui a attribué en particulier. Ils sont mis à l’épreuve et ont pour mission principale de répondre aux urgences de la situation de crise.

Chaque joueur de l’exercice reçoit une fiche « joueur » sur laquelle est inscrit un certain nombre de caractéristiques et de fonctions pour l’aider à incarner son rôle. On retrouve ce même matériel issu du jeu de rôle, où les joueurs ont une fiche « personnage » avec une description fine du personnage  (équipement, compétences, particularités physiques, etc.) (Voelckel, 1995).

En exercice, les joueurs sont issus des services de secours et de gestion de crise. Les joueurs endossent un rôle (des fonctions) qu’ils pourraient incarner lors d’une réelle situation de crise. L’objectif étant de s’entraîner à jouer des actions qu’ils pourraient être amenés à conduire lors d’une réelle situation de crise. Les joueurs sont des personnes ayant des fonctions de cadre avec des responsabilités de direction d’une ou plusieurs équipes. Elles sont placées plutôt en haut de leur hiérarchie respective. Par exemple, une médecin cheffe d’un service du SAMU est susceptible de devenir la Directrice des Secours Médicaux (DSM) lors d’une crise, ou bien un officier supérieur sapeur-pompier d’un Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) peut devenir le Commandant des Opérations de Secours (COS). D’où la nécessité du personnel encadrant à s’entraîner à endosser ces rôles propres à la gestion de crise.

Pour gagner en vraisemblance, les joueurs endossent leur uniforme professionnel pour les corps de métier qui en disposent (police, sapeurs-pompiers, gendarme, etc.) ou en tenue médicale pour les médecins du SAMU, comme illustré en Photo 1.

Photo 1 : (1) Exercice des Yvelines, 2020 ; (2) Exercice du Val-d’Oise, 2021 ; (photographies : Di Tursi)

L’animateur prend sa place durant la phase de simulation de l’exercice. Les animateurs ont pour mission de venir en soutien des joueurs. Les animateurs endossent les mêmes fonctions que les Personnages Non Joueurs, dans un jeu de rôle. Ils n’ont d’autre mission que d’aider (ou de contraindre) les joueurs à avancer dans la résolution des problématiques au cours du scénario. Dans le cadre d’un exercice de gestion de crise, les animateurs répondent plus particulièrement à deux missions durant l’exercice : déclencher les éléments perturbateurs prévus dans le scénario auprès des joueurs par différents moyens (téléphone, action dans le jeu, etc.) ; et jouer des rôles « secondaires » en remplacement des services non représentés le jour de la simulation. Les animateurs se situent donc en second plan, ou « en coulisses » pour reprendre le vocabulaire du théâtre. Ils peuvent également intervenir s’ils sont interpellés par un joueur.

Enfin, l’organisation de l’exercice peut faire appel à des « plastrons » afin de jouer le rôle de victimes, comme pourraient le faire des figurants. Une fois encore, on peut dresser le parallèle avec la fonction de Personnages Non Joueurs. Leur présence est intéressante pour les joueurs, car ils ajoutent de la vraisemblance au scénario joué. Ils se mettent ainsi à disposition des joueurs pour le bien de l’exercice, pouvant jouer le rôle de victimes, par exemple, comme illustré sur la Photo 2.

Photo 2 : « Plastrons » jouant le rôle de victimes (Lionel Lamhaut et al., 2022)

Les « plastrons » assistent à un briefing avant que débute l’exercice prodigué par un animateur et/ou un organisateur de la simulation afin de répéter leurs attentes et leur rôle. Durant l’exercice, ils se retrouvent sous la responsabilité des animateurs et de l’organisation de l’exercice. Ils sont également garants du respect des éléments du scénario, mais ils doivent aussi s’adapter dans le cas où les joueurs prennent une autre direction.

On peut noter la présence d’observateurs durant un exercice. À la différence du jeu de rôle, ce type d’acteur est spécifique à l’exercice de gestion de crise. L’observateur peut être invité à assister à l’exercice ou solliciter l’organisation pour cela. Dans tous les cas, c’est l’organisation qui planifie et autorise l’observateur à assister à celui-ci, en encadrant ses conditions d’accès. Pour un chercheur, cela représente une étape incontournable, bien qu’elle puisse constituer un barrage majeur afin d’accéder à la scène.

Les observateurs y assistent pour diverses motivations. On peut en énoncer quelques-unes : l’observation peut constituer une première phase d’approche dans la formation à la gestion d’une crise à destination d’un public divers : élus, nouveaux agents prenant leur poste, etc. Cela leur permet de s’information sur la façon dont peut se dérouler une gestion de crise sur un territoire ou un autre (attaque terroriste, événement météorologique, accident dans une usine, etc.). Pour de futurs joueurs potentiels, leur présence peut être incluse dans le processus de formation en vue d’incarner prochainement un rôle. Des responsables de service peuvent souhaiter observer les méthodes de travail d’autres services. Aussi, l’observateur peut aussi être un évaluateur d’agents plus expérimentés. L’exercice devient aussi un moment d’évaluation professionnelle. Enfin, mentionnons également la possibilité pour le chercheur d’être observateur en employant l’exercice comme méthode de recherche.

Les observateurs entrent assez rarement en contact avec les joueurs, afin d’éviter de perturber l’action en cours. Toutefois, certains peuvent faire le choix d’intervenir afin de comprendre à chaud la décision ou l’action qu’a faite le joueur. Les observateurs restent sous la responsabilité de l’organisation tout le long de l’exercice et dépendent de son autorisation pour participer à l’exercice.

Parce que les observateurs se trouvent sur la même scène que les joueurs, ils sont souvent affublés d’une chasuble, afin de ne pas être confondus. Sur ces vestes se trouvent les inscriptions « préfecture », « organisateur » ou « observateur » afin d’identifier et de distinguer les observateurs entre eux, comme on l’observe sur la Photo 3.

Photo 3 : Participants portant des chasubles lors d’exercices (photographie : Di Tursi, 2020)

Dans le Tableau 2, on récapitule l’ensemble des rôles d’un exercice et leurs principales fonctions.

Tableau 2 : Les différents rôles « méta » d’un exercice (Di Tursi, 2026)

OrganisateurIl participe à l’organisation générale de l’exercice : de la logistique, à la prise de contact des services, jusqu’à la rédaction du scénario d’exercice. Il ne participe pas à l’exercice en tant que joueur.
JoueurIl participe pleinement et activement à l’exercice. Il incarne souvent son propre rôle durant l’exercice.
AnimateurIl participe à l’exercice en mettant en œuvre le scénario en faisant apparaître des éléments perturbateurs pour les joueurs. Il n’a pas de rôle attitré, c’est une sorte de personnage « secondaire ».
PlastronIl participe à l’exercice en tant que « figurant ». Il n’a pas de rôle attitré, mais sa présence est nécessaire pour les joueurs.
ObservateurIl ne participe pas à l’exercice activement. Il est spectateur : il assiste à l’exercice sans y prendre part.

D’après ce tableau, on peut établir une analyse en trois catégories de rôles : l’organisation prend sa place dans la phase de préparation à l’exercice ; d’autres rôles ont vocation à être joués uniquement dans la phase de simulation de crise (joueurs, animateurs, plastrons) ; enfin, un rôle « passif » (l’observateur) est présent, mais n’est pas actif lors de la simulation, il reste en retrait.

1.2          Le cadre d’action : le jeu sur table et en grandeur nature

Un autre parallèle est dressé avec le jeu de rôle, et plus largement avec la fiction, c’est le cadre dans lequel se déroule l’action. Dans le jeu de rôle comme pour l’exercice, deux cadres fixent le déroulement de la mise en scène : le mode de jeu « sur table » et en « grandeur nature ».

  1. Les exercices « cadres », à l’essentiel de la cellule de crise

Le jeu de rôle « sur table » est à l’origine du jeu Original Dungeons & Dragon (OD&D) de Dave Arneson et Gary Gygax, créé en 1974 (Lépinard et Vaquiéri, 2019). Il prend la forme d’un jeu de société collaboratif, où les joueurs sont face à un maître du jeu leur contant des épreuves et quêtes qu’ils doivent dépasser ou mener (Roux et Roques, 2018). Ce jeu se déroule avec peu de matériel : une fiche personnage, un texte narré par le maître du jeu, un jeu de dés, etc. Tout cela pouvant être mis en place rapidement autour d’une table où s’installent les joueurs. Les décors, les autres personnages environnant de l’histoire, les équipements des héros, les ennemis à vaincre ou encore les trophées obtenus trouvent leur corps uniquement dans l’imagination des joueurs et à travers leurs échanges oraux. Parfois, le maître du jeu peut créer ou se procurer une carte afin de donner des indications géographiques tangibles pour les joueurs autour de la table.

Du côté des exercices de gestion de crise, on retrouve également un mode de jeu similaire, appelé exercice « cadre » (ou « sur table »). Ils prennent place le plus souvent en cellule de crise, au Centre Opérationnel Départemental (COD) ou au Poste de Commandement Opérationnel (PCO) du préfet. Les raisons sont multiples : d’abord, ils sont moins coûteux financièrement, en termes de temps d’organisation, et en contraintes logistiques. En effet, les exercices « sur table » ont lieu dans l’espace restreint de la cellule de crise, où se réunissent seulement une dizaine de joueurs pour participer à l’exercice. Le matériel présent sur place est suffisant dans ce cadre-là. Des joueurs peuvent éventuellement embarquer du matériel qui leur est propre. De ce fait, ces exercices sont mis en place plus rapidement. La Photo 4, ci-dessous, illustre un exercice « cadre » en cellule de crise, dans un Service Interministériel de Défense et de Protection Civile (SIDPC).

Photo 4 : Point de situation d’un exercice au COD 95 (photographie : Di Tursi, 2020)

Sur cette même photo, les joueurs sont affublés de leur tenue professionnelle, autour de la table, tandis que les observateurs et évaluateurs, signalés en gilet jaune, sont situés un peu à l’écart.

Un autre mode de jeu de rôle organisé est celui dit en « grandeur nature ». À l’inverse du jeu de rôle sur table, ce cadre de fiction invite les joueurs à quitter la table de jeu pour investir un décor bien réel. Ce cadre offre des conditions originales, puisque le jeu tient sa place dans un environnement d’une plus grande dimension, en extérieur. De plus, ce nouveau cadre contraint une temporalité de jeu plus proche de la réalité, où le temps s’écoule de la même façon que le temps hors-jeu (Kapp, 2016). Ellipses temporelles ou bonds dans d’autres décors sont donc exclus. L’expérience du jeu de rôle « grandeur nature » invite les participants à « quitter le donjon » (Kapp, 2015b) pour s’immerger pleinement dans le jeu. Pour cela, les joueurs peuvent se munir de costumes et d’accessoires imitant le héros qu’il incarne. L’environnement extérieur est le théâtre et le décor sur lequel se déroulent les actions de jeu. Pour reprendre les mots de Sébastien Kapp (2015b), « les joueurs agissent in medias res, directement plongés, tels des acteurs de théâtre, dans un monde tangible. »

Dans le domaine de la gestion de crise, l’expression utilisée pour désigner le cadre de jeu en « grandeur nature » est l’exercice « terrain ». Ils divergent des exercices « cadres », puisque ce sont des exercices de grande ampleur reproduisant une intervention d’urgence sur un sinistre et se déroulant en extérieur.

À nouveau, ces exercices se rapprochent du format « grandeur nature » du jeu de rôle. Pour mettre au point un exercice de gestion de crise, les organisateurs tentent de reproduire « l’espace de l’urgence » (Di Tursi, 2024), c’est-à-dire l’environnement dans lequel s’est produit l’événement à l’origine de la crise (l’urgence ou la catastrophe) et où se déroulent les opérations de secours. Cette reproduction de l’espace de l’urgence comme décor est essentielle afin de simuler de façon vraisemblable un tel événement sur un terrain tangible, dans un environnement extérieur. De ce fait, ils nécessitent de déployer la même quantité de matériels et de moyens que dans une situation réelle, comme illustré sur la Photo 5.

Photo 5 : Matériels déployés lors d’un exercice terrain, 2021 ((1) © Préfet du Val-d’Oise ; (2) photographie : Di Tursi)

Cela implique de prélever des moyens « réels », c’est-à-dire de réels véhicules de secours, du matériel, des équipages ; et donc autant de moyens qui ne pourront pas servir si une urgence survient au même moment. Ces exercices peuvent rassembler plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes et se retrouver sur un même espace restreint.

De plus, l’organisation doit prévoir un lieu sur lequel planter le « décor » du scénario. À l’inverse de l’exercice « sur table », établi dans un environnement fermé qu’est celui de la cellule de crise, l’exercice « terrain » prend place dans un environnement ouvert. Ainsi, pour planter ce décor, l’organisation prévoit la réquisition de certains lieux et voies publics, parfois des espaces privés (avec l’accord des propriétaires), ce qui produit des effets sur la circulation et sur les espaces du quotidien, en général. Comme pour un lieu de tournage établi en ville, l’exercice coexiste dans l’espace quotidien des habitants. Ce sont donc autant de raisons pour lesquelles ces exercices sont plus rarement organisés. Néanmoins, la loi de modernisation de la sécurité civile, de 2004 recommande aux départements d’organiser un exercice par an qui soit de type « grandeur nature »[2].

Les exercices « terrain » présentent un certain nombre d’avantages en comparaison des exercices « sur table ». Les conditions dans lesquelles se déroule l’exercice sont encore plus proches de la réalité avec une temporalité conforme au réel (une heure du scénario est une heure qui s’écoule réellement), un départ des équipes pouvant être donné par une alerte déclenchée, du matériel et des véhicules effectivement déployés, des équipes et des plastrons pouvant jouer des victimes, sont autant de moyens participants à rendre l’exercice plus vraisemblable.

Cette vraisemblance permet aux services participants de répondre à des objectifs plus nombreux et de se confronter à des difficultés proches de la réalité : travailler l’ensemble des chaînes de commandement, entraîner les multiples équipages dans la hiérarchie, tester les systèmes de communication, éprouver les coordinations inter-services, etc. Ils ont donc l’avantage de mettre à l’épreuve les joueurs comme s’ils géraient une réelle crise. Chaque service réalise ainsi quels enjeux et difficultés éprouvent les autres services avec qui ils doivent travailler de façon coordonnée.

De plus, une partie du jeu peut aussi avoir se tenir à distance, en cellule de crise, permettant alors de répondre à d’autres objectifs plus complexes comme tester le temps de réaction des équipes alertées et leur déplacement sur le terrain ; tester les moyens de communication à distance ; ou encore la capacité à monter rapidement tel ou tel dispositif sur place (Mercan et al., 2011).

Pour amorcer l’exercice, l’organisation prévoit une phase de « briefing » avec les joueurs et les animateurs, tel qu’illustré sur la Photo 6.

Photo 6 : Briefing de l’exercice par les différents acteurs à l’ensemble des joueurs (photographie : Di Tursi, 2021)

Comme pour le jeu de rôle en « grandeur nature », où un « background » est conté de façon explicite aux joueurs, le briefing d’un exercice permet deux fonctions principales : d’abord, rappeler le thème sur lequel va porter l’exercice, mais surtout expliciter les règles attendues pour les « plastrons », en particulier. Le rappel des règles et des limites du jeu permettent d’évacuer un certain nombre d’obstacles.

On peut évoquer, enfin, que les exercices « terrain » peuvent durer plus longtemps que ceux joués « sur table ». Par exemple, certains exercices « terrain » organisés à échelle zonale peuvent durer jusqu’à 48 heures avec les différents services présents sur place. En conséquence, ce type d’exercices est beaucoup plus coûteux que le mode d’exercice « cadre », en termes de temps et d’organisation. Ils sont donc moins fréquemment mis en place.

On peut ainsi résumer ces deux cadres du jeu selon leur dimension spatio-temporelle : sur « table », la mise en scène est réduite, quand sur « le terrain » elle est de grande ampleur.

1.3          Le scénario pour faire émerger les enjeux

Comment ne pas évoquer le scénario lorsqu’il s’agit d’étudier une œuvre de fiction ? Quand le scénario d’un exercice se construit à plusieurs mains, celui du jeu de rôle se produit autour du seul maître du jeu. Sur table, le maître du jeu peut inventer de toute pièce le scénario qu’il fera vivre à ses joueurs, mais il peut aussi s’appuyer sur une histoire déjà écrite par un auteur, adressée en particulier au maître du jeu (par exemple, Donjons et Dragons, Arneson et Gygax), ou bien à destination d’un public de lecteurs plus général (par exemple, Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien).

Dans le cas d’un scénario produit pour un mode de jeu « grandeur nature », sa construction narrative est rédigée principalement par les organisateurs puis alimentée grâce aux joueurs, par l’intermédiaire de leur « fiche » personnage. Ils peuvent alors vérifier que la fiche du joueur est cohérente avec le projet narratif imaginé, mais elle figure comme un matériau utile et moteur pour alimenter et approfondir leur histoire (Kapp, 2015b).

À la différence du jeu de rôle, les joueurs impliqués dans une simulation de crise ne font pas remonter de description de leur personnage à l’organisation. Voilà une distinction majeure avec le jeu de rôle : les joueurs n’ont pas besoin d’imaginer les caractéristiques de leur personnage, car les personnages joués ne sont pas issus de la fiction. Au contraire, les joueurs incarnent leur fonction dans leur quotidien : commissaire de police, colonel sapeur-pompiers, médecin urgentiste, ou ambulancière. L’objectif de l’exercice est précisément d’éviter que les personnages sortent de leur rôle, qu’ils se « sous-engagent » (Caïra, 2018). On souhaite qu’ils conservent leur attitude et leur réaction face à une crise avérée. D’où la distinction que l’on peut établir entre le jeu de rôle ludique et formatif.

La rédaction du scénario pour un exercice de gestion de crise se déroule tout à fait différemment. Il est rédigé à plusieurs mains, en situation de concertation avec les multiples acteurs de la gestion de crise, au cours de réunions successives organisées par un service initiant la mise en œuvre de l’exercice. Les services de gestion de crise sont impliqués à égal dans la discussion. Citons les deux principaux objectifs de la construction d’un scénario d’exercice : avancer les objectifs pour chaque service joueur et créer les règles du jeu communes pour tous.

Le premier objectif étant que chaque service présent s’exprime sur les enjeux, missions et défis qu’il souhaite faire jouer à sa propre équipe lors de l’exercice, tout en rédigeant ceux qui concernent l’ensemble des participants. L’organisation doit donc veiller à ce que les objectifs propres à chacun n’empêchent pas ni ne perturbent ceux rédigés pour le collectif, car cela peut générer des tensions durant le temps de jeu.

Par ailleurs, à l’issue de l’écriture du scénario, les organisateurs auront mis au point les règles du jeu, qu’ils nomment « conventions », autour desquelles se mettent d’accord les différents services. Ces règles fixent les limites du jeu, les contraintes communes partagées par chacun, le cadre de départ et de fin de la simulation.

Dès lors, l’un des défis à relever pour les organisateurs d’exercices est de produire une situation la plus proche de la réalité, tout en incluant des éléments propres à l’incertitude de la crise, et en taisant le contenu exact du scénario aux joueurs. L’enjeu étant de préparer une simulation afin de mettre en condition les acteurs comme s’ils devaient réellement répondre à leurs missions lors de la crise.

Pour cela, les organisateurs emploient un outil propre à l’exercice de gestion de crise pour écrire le scénario : le chronogramme. Toutes les informations décidées par l’assemblée sont consignées dans ce document propre à l’exercice de gestion de crise. Celui-ci est organisé de la façon suivante : pour chaque temporalité (une heure ou un événement) est précisé l’événement perturbateur, le moyen qui sera déclenché, la personne (l’animateur) qui le déclenche, et à quel service éventuel l’événement est adressé. Les événements permettent ainsi d’introduire artificiellement de l’incertitude dans le scénario pour les joueurs. Dans un tel contexte, l’incertitude constituant une part fondamentale de la crise, les organisateurs sont attentifs à générer des éléments pouvant déstabiliser les joueurs. Néanmoins, les scénarios connaissent tous de nombreuses limites du fait d’une trop grande maîtrise du cadre et de son cadre, cherchant à répondre aux attentes institutionnelles de l’exercice (Castagnino et Fayeton, 2021).

Enfin, l’espace, élément essentiel dans la construction du scénario de simulation de crise, reste encore trop peu visible pour une majeure partie des acteurs. Celui-ci, pourtant, est effectivement délimité par cette assemblée d’acteurs au cours de leurs discussions, lorsqu’il prend place dans un cadre grandeur nature. Il s’agit de l’environnement dans lequel se dérouleront les futures actions des joueurs. Sans que cela soit toujours conscient, les acteurs sont amenés à « sculpter [cet] espace » (Jenkins, 2004). Dès lors, sa construction est produite à partir de leurs propres représentations mentales.

2          L’exercice de gestion de crise : du cadre fictif au terrain de recherche

L’exercice de gestion de crise détenant des caractéristiques propres à la fiction, il est nécessaire de les identifier et d’en dégager les limites, afin de le traiter comme un terrain de recherche crédible depuis lequel récolter des données.

D’après Michel Callon (2006), « les interactions […] se déroulent dans un cadre qui les tient et qui les contient. » (p.273). Étudier le cadre des exercices dans lequel se déroule des actions et des interactions entre les acteurs est alors d’autant plus indispensable. Les exercices comportent un ensemble de caractéristiques liées à la simulation d’une crise « fictive » pouvant constituer une limite dans le traitement des données a posteriori de leur collecte. De ce fait, l’on doit faire la distinction des éléments relevant de la fiction de ceux issus du monde tangible et réel.

2.1          Des données issues d’une mise en scène « fictive »…

Les données collectées à l’issue des observations proviennent d’une mise en scène « fictive », jouée dans le cadre d’une « fausse » crise. Ces éléments peuvent constituer une limite en elle-même. Avant d’être nuancées ensuite, dressons d’abord la liste de ces caractéristiques fictives.

L’exercice ne correspond pas complètement à la réalité d’une crise puisque celle-ci est reproduite et reconstituée par les gestionnaires de crise, à travers le scénario, premièrement.

Les scénarios d’exercices sont bâtis par un ensemble d’acteurs de la gestion de crise dont l’enjeu est de reconstituer un contexte de crise et d’imaginer le cadre dans lequel se déroulera la réponse à l’urgence. Dès lors, durant leurs échanges en réunion, les services se fondent collectivement sur leurs représentations mentales de ce qu’est une crise. Ils en produisent ensuite un scénario qui sera joué par d’autres personnes. Dans ce contexte, un certain nombre de biais peuvent apparaître. Les scénarios constituent un moment de négociations entre les acteurs lors de réunions puisqu’à l’issue de ces échanges, il s’agit d’émettre des règles et des conventions communes pour les joueurs. Durant le jeu, certains d’entre eux peuvent alors remettre en question la vision des producteurs du scénario dans leur approche de la gestion de crise.

Les caractéristiques de vraisemblance d’une crise ont des effets sur les actions des joueurs et le déroulé de la simulation. Un cadre de jeu manquant de clarté peut engendrer des confusions, pouvant sortir les acteurs du jeu, jusqu’au point de ne plus participer au jeu du tout. Or, il est nécessaire que les conditions soient réunies afin que les joueurs appliquent au mieux le comportement qu’ils auraient lors d’une crise avérée.

Afin de mesurer l’engagement du joueur dans son rôle, l’entretien est une méthode complémentaire pertinente afin d’obtenir leur perception de vraisemblance du scénario et du déroulé de l’exercice. L’enjeu étant d’évaluer du mieux possible la différence de comportement, de pratiques, de prises de décisions durant une gestion de crise simulée par rapport à une situation réelle. D’où l’importance d’entendre les joueurs en entretien sur leur sentiment et leurs ressentis sur l’exercice et les possibles critiques qu’ils peuvent émettre a posteriori sur sa vraisemblance. Cela permet de connaître leur niveau d’engagement dans le jeu, c’est-à-dire les éléments qui les simulent dans une pseudo-réalité et ceux qui pourraient potentiellement les en faire sortir (Caïra, 2018).

Enfin, l’espace-temps du jeu se superpose sur celui de la réalité en créant des strates de sens (Cefaï et Gardella, 2012). Des événements réels du quotidien peuvent se dérouler en même temps que l’exercice. Cela a donc des implications directes sur les services choisis pour participer à l’exercice, pouvant influencer sa vraisemblance. Par exemple, cela s’est produit concrètement avec la crise sanitaire du Covid-19, où il a été de plus en plus difficile pour les organisateurs de faire coexister des exercices durant la période de l’épidémie. La majorité des autorités préfectorales, si ce n’est la totalité, annulant les exercices pendant plusieurs mois de l’année 2020. Même si les scénarios d’exercices mettent en scène d’autres problématiques liées à un aléa ou à une menace, le nombre et le type de service pourvoyant les joueurs a été moins important, car les effectifs ont été priorisés pour intervenir sur la crise en cours.

Dans des cas moins extrêmes, des circonstances extérieures à l’exercice peuvent conduire à faire participer des personnes qui n’auraient pas été présentes en cas d’une réelle crise. Cela peut être dû au contexte de l’exercice : un événement à gérer qui se produit en parallèle de l’exercice ; la simulation prévue en dehors des heures de bureau (la nuit, par exemple) ; personnel manquant, etc. Bien que ce ne soit pas la majorité des cas, il faut être attentif à cela lors des entretiens avec ces acteurs. Leur expérience vécue peut être influencée négativement par ce contexte, mais également par leur manque d’expérience éventuelle, pouvant agir sur leur discours.

2.2          …mais contenues dans un cadre bien réel

Même si les exercices comportent un certain nombre de caractéristiques fictives, il faut nuancer cette dimension par les éléments issus du monde bien réel dans lequel se produit l’exercice.

D’abord, les acteurs participants sont tout à fait crédibles tant que leur engagement est suffisant dans l’exercice. On peut considérer qu’ils jouent et vivent sincèrement leurs actions : ils ne cherchent pas à surjouer ou à biaiser leurs intentions. Les biais et limites à la reproduction du réel sont intégrés par les acteurs organisateurs et joueurs. Les interactions entre les joueurs peuvent être prises au sérieux. Les observations réalisées prennent en compte les actions, décisions et outils employés comme des faits, sans les décontextualiser de l’exercice en cours.

Dans d’autres contextes, néanmoins, l’engagement des joueurs peut être questionné. Dans les sciences du jeu, l’engagement est défini comme « une mobilisation socialement normée des participants d’une expérience, sous la forme de présence corporelle ou virtuelle, d’attention et de mémoire, de manifestation d’affects » (Caïra, 2018). La façon dont les acteurs s’identifient à leur rôle durant le temps de l’exercice peut être vécu différemment d’un individu à un autre. En prenant le cas général de la situation de jeu, plusieurs degrés d’intensité d’engagement peuvent être vécus par l’individu endossant un rôle donné, comme l’analyse Manuel Rebuschi (2016). Il peut le considérer comme un « instrument » ou alors comme son propre rôle. Le joueur peut s’identifier parfaitement à son personnage, en ne faisant aucune différence entre lui et son rôle à ce moment-là : il est en position « d’engagement ». Dans le cas où le joueur considère son rôle comme un « instrument », Manuel Rebuschi explique alors que le joueur peut manipuler ce rôle en jouant sur les deux tableaux : à la fois en étant distancié ou engagé.

Les notions de « distance » ou à l’inverse « d’engagement » sont pertinentes à observer dans le cas des exercices. La simulation de crise est particulière puisque les joueurs endossant leur propre rôle, ils ne créent pas un personnage de toute pièce, ils prennent les responsabilités et les missions qu’ils auraient réellement menées s’ils étaient appelés à gérer l’événement. Au demeurant, la littérature traitant de la méthodologie pour scénariser un exercice (Direction de la sécurité civile, 2008 ; Mercan et al., 2011) n’évoque jamais de « personnage », contrairement au jeu de rôle. Les agents ne cherchent pas à incarner quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes. Ils n’ont pas à s’imaginer quelles réactions ils auraient à ce moment-là, puisqu’ils font effectivement l’action choisie à cet instant précis.

L’exercice peut parfois se confondre avec la réalité dans certaines simulations, que ce soit un exercice réalisé « sur table » ou en « grandeur nature ». Dans tous les cas, les agents se retrouvent plongés dans une mise en scène dont le décor est bien réel : celui d’une vraie cellule de crise, ou bien dans un environnement en « plein air ». Selon le scénario, ils ont accès au même matériel et aux mêmes outils que pour gérer une crise avérée. De plus, pour rajouter de la vraisemblance à l’exercice, les organisateurs peuvent faire appel à des figurants, nommés « plastrons », incarnant des victimes, faisant gagner davantage de réalisme à la situation.

Ainsi, contrairement à un jeu de rôle plus classique, les gestionnaires de crise adoptant le rôle de joueurs ne sont pas extraits de leurs repères spatio-temporels habituels. Cela est souhaité par une partie des gestionnaires de crise ayant pour objectif d’entraîner les joueurs aux procédures d’organisation de la crise, notamment. Cela est d’ailleurs critiqué par certains agents, joueurs et organisateurs, car cela a pour effet un manque d’entraînement à l’inconnu. Sortir du cadre « habituel » des crises est une réflexion portée par certains auteurs, tels que Patrick Lagadec (2019) ou Magali Reghezza (2019). Ils critiquent notamment le manque d’exercices « hors cadre » pour s’entraîner à des crises « inconnues » et qui sortent des plans de crise.

Les exercices intègrent un certain nombre de caractéristiques fictives pouvant biaiser la collecte et le traitement des données. Or, ils incluent encore davantage d’éléments provenant du monde réel, qui nuancent les limites énoncées précédemment.

3          Discussion

L’on a posé le cadre de l’exercice de gestion de crise comme partageant des codes avec la fiction, et en particulier avec le jeu de rôle. Ce cadre fictif rend alors possible des observations directement sur l’espace de la crise encore peu étudié. Ainsi, nous souhaitons discuter la notion de proximité dans le contexte de l’exercice de gestion de crise.

3.1          L’exercice pour observer la crise dans sa proximité spatiale

La notion de proximité est pertinente à mobiliser pour décrire ce que produit la méthode d’observation de l’espace de la catastrophe en l’investiguant depuis l’exercice de la gestion de crise.

La mise en scène de la catastrophe met en relation deux éléments : le chercheur et l’espace de la crise. Cette articulation se traduit par la proximité spatiale (Kirat et Lung, 1999 ; Torre et Rallet, 2005) du chercheur face à l’espace de la crise ou de la catastrophe.

Pour que cette relation existe, adopter la méthode de recherche par l’exercice de gestion de crise permet de contourner la difficulté du chercheur à enquêter sur le terrain d’une réelle catastrophe. En effet, les contraintes pratiques et éthiques sont assez significatives dans l’étude de situations d’urgence ou de catastrophe. On peut mentionner, notamment, la responsabilité du chercheur vis-à-vis du « respect et de la dignité du sujet » (Martineau, 2007, p. 74).

Ici, la notion de proximité spatiale à l’espace de la crise est étroitement liée à la mise en scène de la catastrophe. Dans le cadre d’un exercice en « vraie grandeur », le chercheur se situe à proximité spatiale de l’espace de la crise en train d’être construite par les acteurs de la gestion de crise. C’est-à-dire ce moment spécifique où les acteurs de la gestion de crise répondent aux urgences (prise en charge des victimes, réparer, maintenir des infrastructures fragilisées, etc.). Ces types d’exercice permettent au chercheur d’observer, voire d’éprouver, la proximité géographique de la crise par l’espace. À sa portée, toute l’organisation lui est accessible : les interactions entre acteurs, les décisions et actions réalisées, le matériel déployé sur le terrain, etc. En somme, l’ensemble de ces éléments permet à la gestion de crise de se mettre en œuvre. Le chercheur peut observer de nouveaux phénomènes propres à cet espace, il accède à des données exclusives sur la composition de cet espace et cette échelle. L’exercice représente alors un espace privilégié pour observer et étudier la crise en train d’être construite, gérée, organisée par les acteurs de la gestion de crise.

3.2          L’exercice pour être à proximité des acteurs de la gestion de crise

Puisque les interactions concernent au premier le plan le concept de proximité (Torre, 2001), l’exercice devient un catalyseur pour observer les interactions entre les acteurs. En particulier, le format d’exercice « sur table » du fait son espace relativement restreint en une cellule de crise.

Le cadre donne l’occasion au chercheur d’observer, en particulier, la proximité géographique (Torre, 2019) entre les acteurs. Il permet d’étudier les relations et les interactions entre eux, entre leurs outils, leurs manières de décider dans une posture spatiale privilégiée. L’exercice « sur table », dans l’espace réduit de la cellule de crise, permet d’observer au plus près les interactions entre « humain-humain » et « humain-objet » (Brennan et Martin, 2012 ; Cai et al., 2006). Le chercheur peut également observer les processus de travail pour chaque service représenté, ainsi que l’organisation mise en place ou leurs modes de communication.

À un autre niveau, le chercheur peut aussi observer la « proximité organisée » (Rallet et Torre, 2001) en se concentrant, cette fois, sur les interactions entre les échelons de la gestion de crise. En effet, les acteurs de la gestion de crise composent une organisation relativement complexe, agissant, décidant parfois à distance depuis les cellules de crise vers le terrain, et inversement, nécessitant des actions coordonnées. Ce niveau d’analyse est aussi pertinent à étudier dans ce cadre.

Toutefois, une limite importante est à relever concernant cette méthode, puisqu’elle élude une catégorie d’acteurs majeure : la population, et plus particulièrement, les victimes. Si les acteurs de l’urgence peuvent être observés dans une mise en scène d’un tel événement, en revanche, il n’y a pas d’équivalent possible pour les victimes. Bien qu’existe la catégorie des plastrons jouant le rôle de victimes, néanmoins il faut pondérer largement leur rôle qui s’apparente davantage à un outil au service de la composition de la mise en scène et à sa vraisemblance.

3.3          Choisir sa proximité au jeu, ou la diversité de postures pour le chercheur

Dans sa définition, le degré de la proximité est souvent questionné (Brennan et Martin, 2012). Dans le cas d’étude de l’espace de la crise ou de la catastrophe, le chercheur peut avoir l’occasion de choisir sa position dans l’exercice, le rôle qu’il pourra endosser. Selon la fonction et donc la posture adoptée, cela a des effets sur son point d’observation et sa possibilité d’être plus ou moins près des objets observés.

En tant que joueur, il a l’occasion d’être pleinement en immersion de la crise simulée. Il pourra éprouver les enjeux du rôle qu’il incarne, ses missions, les prises de décision, interagir avec d’autres joueurs, ressentir éventuellement du stress, etc. Il peut aussi ressentir les attentes venant des autres joueurs, de même que les obstacles et les contraintes auxquels il doit faire face. Ainsi, sa proximité à l’immersion, au scénario de jeu, est une opportunité pour appréhender la crise et les relations aux autres joueurs.

En revanche, s’il veut conserver une certaine distance, tout en participant pleinement à l’exercice, il peut incarner un « plastron ». De moindres enjeux s’imposent à lui, il peut donc observer les actions alentours, tout en étant présent sur la scène. Il est toujours à proximité fine des autres joueurs, mais tout en ayant une autonomie plus réduite dans ses actions. Il sera contraint par les limites de son rôle, néanmoins, qui sont parfois non négligeables.

Le chercheur peut également souhaiter conserver une distance ou préférer avoir une vue d’ensemble sur les participants : la place de l’observateur est alors idéale. Notamment, pour appliquer la méthode d’observation directe (Quivy et Van Campenhoudt, 1995), voire d’observation participante (Peneff, 2009 ; Soulé, 2007). Il peut prendre des notes, éventuellement des photographies s’il en a eu l’autorisation, pour observer les situations qui l’interpellent. Il peut aussi naviguer entre les scènes, sans craindre de perturber les actions des joueurs.

Enfin, le chercheur peut aussi être à l’initiative d’un exercice et organiser un jeu pour un public de son choix (étudiant, professionnel, habitants, etc.), tels que l’ont produit Provitolo et al. (2022). Il a toute liberté pour construire son propre scénario, décider du cadre dans lequel se déroule le jeu, ainsi que les joueurs qui seront sollicités. Organiser un exercice donne la liberté de tester un certain nombre d’objectifs décidés au préalable.

Le chercheur peut aussi naviguer entre ces trois positions : joueur, observateur, organisateur. À l’instar d’autres types de jeu, l’exercice est une opportunité pour récolter des données dans un environnement simulé. L’exercice de gestion de crise offre ainsi une méthode et un terrain de recherche innovant pour observer et comprendre des événements exceptionnels.

4          Conclusion

Pour conclure, l’exercice de gestion de crise peut être considéré comme une œuvre de fiction, puisque l’on a démontré qu’il détient des caractéristiques similaires au jeu de rôle. Pour le construire, les acteurs s’appuient sur des éléments relatifs à la fiction tel qu’un scénario ; engagent des protagonistes pour le faire vivre ; tout cela bâti sur un décor tangible afin de respecter la vraisemblance des conditions d’une situation de crise. Si les codes du jeu de rôle encadrent les actions, celles-ci proviennent d’un registre appartenant à la réalité, relevant de l’expérience des joueurs et organisateurs et non pas à des référentiels fictifs comme dans le cas d’un univers fictionnel.

C’est précisément dans ce cadre fictif que l’exercice offre un point d’observation unique sur l’organisation de la gestion de crise en train de se faire. De façon inédite, il met en relation le chercheur avec l’espace de la catastrophe dans sa version simulée par l’exercice. Cette relation est caractérisée par la proximité spatiale des deux entités.

Le chercheur est donc à la fois témoin de ce qui se produit sur l’espace mais aussi des interactions entre les acteurs. L’exercice devient un cadre unique permettant au chercheur de l’étudier à sa plus grande proximité physique et spatiale. Dès lors, le caractère fictionnel devient une opportunité méthodologique pour observer les acteurs dans un espace auquel il n’a habituellement pas accès.

Uniquement par le biais de l’exercice de gestion de crise, le chercheur peut faire une observation participante de la catastrophe, ou de la crise. Le croisement de deux instruments offre cela : la posture d’observateur, en tant que rôle donné par l’organisation de l’exercice ; le cadre fictif de l’exercice permettant à l’observateur de se trouver à proximité spatiale de la crise et de ses acteurs.

L’observation des exercices permet aussi d’informer sur les caractéristiques de l’espace de l’urgence. En mettant en scène la crise, l’exercice permet de reproduire les conditions cet espace où se déroulent les actions et les missions relatives à l’urgence.  On peut questionner la capacité à la mise en fiction à raconter et décrire ce qu’il se produit sur cet espace particulier. Étudier le cadre du jeu, l’espace dans lequel il se déroule permet de collecter des données nouvelles sur ce qui compose cet espace. On peut y observer ses limites spatiales, ses frontières, ses caractéristiques propres, les différences et les similitudes entre les exercices.

Néanmoins, on peut s’interroger sur la capacité de l’exercice à produire une situation de crise ou de catastrophe. La rédaction du scénario contrôlant un certain nombre d’aspects et en intégrant artificiellement de l’incertitude rend une situation de crise ou de catastrophe caduque. En cherchant à le maîtriser, cela annule la possibilité de créer des conditions d’instabilité de la crise et à sortir de situations d’urgence connues et maîtrisées (Borraz et Gisquet, 2019).

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[1] L’autrice fait le choix de ne pas adopter d’écriture inclusive, en considérant chaque rôle comme une fonction. Ce choix n’est pas idéal, mais la lecture gagnera en fluidité.

[2] Annexe I de la Loi n° 2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile (1).